L'Épistolaire

correspondances

Réflexion sur les arts et la société

(via ee2010.posterous.com)

Art : «Ensemble de moyens, de procédés conscients qui tendent à une fin.» ; «Chacun des modes d’expression esthétique, dans quelque domaine que ce soit.»

Langage : «Fonction d’expression de la pensée et de communication entre les hommes, mise en œuvre au moyen d’un système de signes vocaux (parole) et éventuellement de signes graphiques (écriture) constituant une langue.» ; «Façon de s’exprimer. Usage du langage propre à un groupe ou à un individu.»1

Calligraphie arabe d’une mosquée (source: calligraphie-ar-abe.blogspot.com)

Il n’y a donc pas d’ambiguïté : l’art est un langage. Comme le langage est une fonction d’expression, il va de soi que l’art en soit aussi une. L’art suit, exprime une esthétique. Mais qu’est-ce qu’une esthétique? L’esthétique, dans la majorité de ses définitions, est un moyen de percevoir, concevoir ou relever le beau. Le hic, c’est qu’il se trouve que le «beau» ne peut se définir que par des sentiments et, par conséquent, de manière absolument personnelle. Donc, à quoi bon?

Eh bien, voilà toute la différence entre la définition stricte du langage et celle de l’art. Les deux sont des systèmes et donc des codes, mais leur universalité se trouve dans deux sphères complètement distinctes de ce qui forme l’être humain et ses moyens de communications. D’abord, le langage se veut un outil de «transmission de la pensée», par les mots, qui eux, expriment des concepts. Mais ces concepts sont toujours développés par un bassin relatif à une population (qui communique par ce langage) et sont toujours intimement reliés à son histoire, sa géographie, ses croyances, etc. Voilà une des raisons de l’importance de l’étymologie, très souvent sous-estimée.

Il est d’ailleurs très intéressant de constater, d’une langue à l’autre, les différentes barrières linguistiques et comment, même jusque dans la syntaxe, le code — et la façon de penser d’un peuple, d’un ensemble d’individus —, s’inscrit dans sa manière de s’exprimer. Et puis la langue n’est, somme toute, qu’une combinaison de procédés littéraires. Encore là, tout est infiniment personnel, puisque la perception, tout autant sémiotique qu’émotive, ne dépend que de l’individu. Ainsi, l’individu transcende l’ensemble. Or, l’art est un produit d’individu.

Ensuite, l’art a son esthétique. Chaque œuvre suit plus ou moins une idée globale d’intention, une ligne directrice qui définit le style du langage employé. Par exemple, l’architecture : Au Moyen Âge, où, hors des bourgs, «point de salut» ou, plus précisément, «chacun pour soi», une très concevable atmosphère de peur régnait. L’architecture s’est développée en conséquence: forteresses, tourelles de guet échauguettes, mâchicoulis pour les éventuels attaquants, créneaux et merlons, meurtrières, ainsi de suite. Des murs de pierres percés d’aucune fenêtre, sinon l’ouverture d’une canonnière ou d’une archère.

Château fort de Horst (Source: Wikipédia)

La définition de sécurité a bien évolué à la Renaissance, et les palazzi italiens en témoignent : les grandes portes donnant sur le cortile, au rez-de-chaussée, les fenêtres à chaque étage, les lieux d’échanges et de rencontres, de démonstration de sa richesse à autrui, diffèrent de loin de celui qui ne cherche qu’à s’«emmausoler» de son vivant.

L’architecture, comme structure, est tout autant une forme de langage que les autres formes d’art. L’architecture suit une esthétique : au Moyen Âge, c’est le modèle de la peur qui dicte ses édifices; à la Renaissance, le désir de paraître puissant et confiant. Par conséquent, l’architecture exprime un mode de pensée, une philosophie, un état. Ainsi, elle informe et donc, communique, à qui le voudra bien, au sujet de ceux qui l’ont façonnée.

C’est la même chose du côté de la musique. À chaque époque, tout en étant le même langage, elle exprime quelque chose de bien différent, même que l’arsis et le thésis — ce qui définit, respectivement, la tension et la résolution — varient selon l’époque. D’ailleurs, à travers les siècles où la royauté ou l’impérialisme ont régné, la musique, en tant que langage, avait un système très analogue : le concept de «tonalité» se définit par le fait qu’il y ait une tonique, pôle sur lequel reposent les autres piliers, dont les degrés principaux et les autres. En somme, la gamme est comme un système politique : le roi est la première note, et le reste sont ses sujets, tous soumis sa couleur particulière.

Constatons que vers la fin du XIXe siècle, la peinture se libérait du dessin, au même moment où la musique se libérait de la tonalité. C’est finalement Arnold Schönberg qui, en 1908, créa le système dodécaphonique, où, à l’instar du communisme, chaque note était égale. Révolue, l’époque des gammes! Maintenant, plus aucun repère de polarité, simplement différents cheminements intervalliques. Changements d’esthétiques.

Étoile noire de Paul-Émile Borduas (source: l’encyclopédie canadienne)

Maintenant, où replacer tout ça dans le contexte de l’entrepreneuriat social ?! Il ne faut pas perdre de vue que l’art est une forme d’expression, donc un moyen de communication. Voilà la clé. L’art implique un public. Aussi restreint soit-il. Mais qu’est-ce que la musique a de si particulier ? C’est avant tout une expression instantanée, bien que se déroulant dans le temps, et une manière d’atteindre l’humain profondément et ce, très rapidement. Par exemple, comment peut-on ignorer une personne qui décide de se mettre à chanter en pleine ville ? Ou un musicien dans une station de métro qui réverbère comme une église ?

La musique est, avant tout, un plaisir. C’est pourquoi elle parvient à rassembler tant de foules. Le concert est, ainsi, presque d’emblée une convoitise du marché, devient un «produit en devenir», pour le potentiel de sa portée. Mais ce n’est pas qu’un produit de consommation, c’est aussi un mode de vie. C’est, comme la langue, l’expression d’une culture, d’une histoire et d’une philosophie.

La colombe de Pablo Picasso (source: hagaborg.blogspot.com)

Jeunes Musiciens du Monde, comme me le rapporte Stéphanie Lessard-Bérubé, est un organisme qui offre à ses initiés des outils pour affronter la vie. Effectivement, parce qu’un musicien, pour succéder, a besoin de nombre de qualités non négligeables, telles que savoir travailler autant seul qu’en équipe, être autonome, être créatif, être ponctuel, avoir l’esprit logique, avoir l’esprit vif, savoir se détendre, être persévérant, être flexible, être ouvert d’esprit, avoir d’excellentes habiletés motrices, ainsi de suite. La liste est longue.

Non seulement ça, mais la musique peut aussi être un passe-temps et un échappatoire. C’est un mode d’expression de plus qui permet de ne pas se sentir seul, de s’alléger de ses émotions sans nécessairement avoir à recourir aux mots. C’est un art du temps qui permet de se perdre dans l’instant présent.

La musique, en tant que moyen rassembleur et communicateur, est un agent pacificateur à ne pas négliger. Elle permet, non seulement par le plaisir, mais aussi par le simple fait qu’elle est une possibilité d’expression, de réduire les tensions et d’établir un lien instantané entre quiconque la partage.

Comme la musique est un miroir de la société, elle est aussi politique. Elle se définit selon la politique, mais elle définit aussi la politique. Elle est donc, en ce sens, non seulement le simple reflet d’un groupe, mais encore, un puissant véhicule de philosophie qui prend part à l’histoire.

En ce sens, l’art engagé peut soutenir, avec les bons outils, bien des causes, et avoir une portée inestimable. Il peut devenir aussi fort qu’un manifeste, sans pour autant s’imposer aussi directement : on peut se faire comprendre autrement que par des mots seulement.

D’ailleurs, au sujet de la culture, si un individu est dépouillé de tout ce qu’il possède, et qu’il est isolé de tout contact avec le monde, il lui restera toujours sa culture, ce qu’il aura acquis au cours de sa vie et ne cessera donc jamais de pouvoir être artiste, de pouvoir s’engager dans une esthétique, une cause, un message.

Vanessa Massera
@svane_
#EE2010

1REY, ALAIN et al. LE GRAND ROBERT DE LA LANGUE FRANÇAISE / deuxième édition du DICTIONNAIRE ALPHABÉTIQUE ET ANALOGIQUE DE LA LANGUE FRANÇAISE de ROBERT, Paul. Paris, Dictionnaires Le Robert, 2001, six tomes.

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2 réponses à “Réflexion sur les arts et la société

  1. Eric-le-peintre 19 août 2010 à 8:06

    La peinture « se libère » du dessin: je sais que ce terme est fort utilisé mais ce poncif me semble toujours aussi bizarre, je ne m’y habituerai pas! C’est comme si le dessin était un esclavage… Ensuite il existait déja beaucoup de peintures qui ne devaient plus rien au dessin avant le XIXe siècle: aucun dessin retrouvé sous les tableux du Caravage, et pour cause: comme l’a démontré magistralement le peintre Hockney, le Caravage utilisait la chambre obscure et la lentille pour réaliser ses tableaux! Heureusement tout le monde ne voit pas le dessin comme un joug. Pour moi le dessin est un plaisir et je préfère nettement la musique tonale, fut elle contemporaine! :-) Toutefois j’admire beaucoup le travail du Caravage et d’autres peintres, actuels, se passant du dessin, sans pour cela considérer que cela soit nécessairement un progres.
    Je crois que l’art, comme l’écrit le philosophe Comte Sponville, n’avance pas par un « progrès » comme la science. Même si un artiste contemporain possède infiniment plus de moyens pour s’exprimer qu’avant grâce à la science, il n’en produit pas pour autant des oeuvres « meilleures »! Il est urgent de quitter ce mythe. Bonne soirée, amicalement,

  2. seranessa 19 août 2010 à 9:44

    Intéressant commentaire! Mais je n’insinuais pas du tout que l’art devenait meilleur. Tout ce que je relève, c’est qu’il est de son temps. Et puis pour le dessin, je ne parle pas de «guide» à suivre comme les tenants du disegno à la da Vinci l’auraient tant aimé…

    Je parle plutôt de figuralisme concret, en opposition à ce qu’est devenue la peinture post-expressionnisme, où l’abstraction prend de plus en plus de place dans la composition de l’œuvre et où, finalement, l’expression n’est plus dans une forme, mais dans un rapport de couleurs ou tensions.

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