L'Épistolaire

correspondances

Le destin

DESTIN:

du latin destino, stino, «fixer» (comme dans obstiner), même racine que staurare, comme dans instaurare, instaurer. D’où l’idée du «destiné à» et «destination» qui sont, somme toute, des concepts relativement fixés.

Fixer, en anglais lock — ou fasten, qui signifie «rendre rapide/solide/ferme», donc, par analogie, «fixer». Fasten est lui-même directement tiré du latin figo, figere qui a aussi donné festus et qui signifie «fixer». Festa, en norrois, signifie aussi «apprendre par cœur».

Dans l’étymologie de fixer, on retrouve aussi à quelques endroits la racine celtique LEUC-, qui signifie luire, resplendir, qui a d’ailleurs donné lumen, «lumière» et ses dérivés en latin. De la même racine provient par ailleurs lune. Lucerna, «lampe». Par extension de briller et donc d’une idée de «vue» que l’on retrouve, par exemple, dans lucarne, on a l’ouverture, dans le sens d’œil-de-bœuf; notons qu’en sanskrit, œil se dit luquet. De cette ouverture définie comme étant «fixée» trouvons-nous en allemand Loch pour «trou» et le gothique usluks pour «ouverture». En néerlandais, «trappe» est passé de luck à l’actuel luik. De luck, il est ainsi aisé de faire le rapprochement avec le lock «verrouiller, fixer» anglais et loquet français.

* Intéressante apparence de contradiction sémiologique: ce qui, a priori, est ouvert se définit au départ par des limites: l’ouverture ne pouvant pas exister sans la fin d’un autre élément.

Oculus de la chambre des époux d'Andrea Mantegna, 1473

Or, la fatalité fatum de l’annoncé mais imprévisible Wyrd, découle de la parole. Cette dernière, en latin, verbum, se rapproche évidemment de plusieurs autres formes, notamment waurd, «mot» du vieil anglais (directement lié à l’urðr norrois, lui-même un dérivé de Wyrd) et  le sanskrit vrata, «commander». Aussi est-il intéressant de constater le sens de ce qui est déclencheur du monde selon les textes anciens et bibliques, où «Au commencement était le Verbe», donc parole divine, celle créatrice.

* Note: on parle souvent d’illumination lorsque un devin, donc «celui qui pratique la divination», est habité de parole divine, (devana, «divine» celtique, dérivée de la même racine LEUC- et, fait intéressant, la Bhagavad-Gîta mentionne les Dêva comme portails à la connaissance) en quelque sorte de prophétie et ou est déclaré, finalement, l’ultime fatum.

***

Jusque dans l’histoire de ses mots, l’Occident a toujours cru, peut-on le voir ainsi, que l’existence et l’advenir venaient d’une parole. Les mots sont donc eux-mêmes générateurs d’énergies, de pensées et de temporalité.

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