L'Épistolaire

correspondances

La lumière

« There’s a crack in everything, that’s how the light gets in »

Avec le concept de fixation, nous avons vu l’ouverture. L’ouverture qui mène vers le plus grand, vers le léger, l’air — rappelons que le mot néerlandais pour «trappe» vient de luck, qui s’apparente aux mots germaniques lucht et  luft, dont les définitions tounent autour de légèreté, souffle (donc une certaine notion de libération/liberté) air, ce qui est haut (de luft, on passe à loft en anglais, qui signifie littéralement «chambre en hauteurs», «lieu le plus haut», et des dérivés allemands en font un grenier) —  et, surtout, la lumière, comme licht, «lumière», en témoigne de manière évidente dans l’actuel allemand.

Si le luft d’origine donne lock, «verrouiller» (comme dans loquet pour fixer) en anglais, il donne aussi look, «regard, regarder», dont la même racine (celtique) se retrouve dans lucarne, qui est évidemment une forme de disponibilité vers l’éclairage, une «acceptation» d’une lumière, qui vient le plus souvent du haut, comme, par exemple, dans La caverne de Platon, où le personnage, éventuellement sorti des ténèbres du tortionnaire, se voit ébloui par la lumière de l’extérieur.

AN-, racine celtique de «respirer», a un lien très étroit avec l’étymologie de la lumière. Parce que dans l’ancienne symbolique, la lumière est équivalente à l’âme, donc la vie, par extension le souffle, il y a de nombreux croisements entre ce qui a donné lum- et an-. Par ailleurs, andas, en suédois, signifie «respirer». En latin, la série des  anim- qui donna en français âme, animal et animé, entre autres, proviennent directement de ce AN- celtique. Plus vers l’Est, l’Âtman hindou provient du même bassin étymologique et est synonyme de souffle vital, de l’Être pur, sollicite l’Éveil de l’Être et est ce qui organise tout fonctionnement de la vie, par extension le soi suprême Brahman.

 

L'Art de la peinture, Johannes Vermeer, 1665

J’ai ici choisi Vermeer comme lien à la lumière, grand peintre des Lumières qu’il était. L’Art de la peinture n’est pas un tableau innocent, puisqu’il rappelle la philosophie de Vermeer, qui est de situer la peinture dans son histoire et sa géographie. C’est un enseignement de la peinture que Vermeer veut transmettre par cette œuvre. En effet, outre la mise en évidence du peintre plus ou moins anonyme qui peint son modèle (d’une façon qui ne correspond pas à la méthode de Vermeer, soit dit en passant), si l’on se concentre sur la carte géographique en arrière-plan nous voyons qu’elle est illisible parce que brouillée par la lumière! Or, la peinture n’est justement pas faite pour être lue, mais vue ! Vue, grâce à la lumière! Ici, Vermeer énonce que la Lumière ne fait pas qu’éclairer, elle peut aussi éblouir et aveugler.

Ensuite, la profondeur de ce qui y est représenté se démarque par un espace bien rendu par la perspective, laquelle n’a pas nécessairement de point de fuite de convergence évidente comme les classiques de Piero della Francesca, par exemple. Ici, le regard peut être porté sur nombre d’éléments tout aussi fascinants les uns que les autres, à savoir le peintre de dos affairé au début de son œuvre, le modèle qui se tient dans la lumière qui provient de l’extérieur, le point de vue que ce personnage a sûrement (qui est tout à fait de l’ordre de l’imaginaire), et la carte, en arrière, symbole des connaissances, du répertoire du savoir, fruit d’un dessin, d’une peinture. Le tout, visible parce qu’éclairé d’une lumière dont on ne peut que supposer la provenance.

D’ailleurs, ce grand peintre du XVIIe siècle hollandais a lui-même mis au point la technique des «grumeaux» de lumière, «taches lumineuses», c’est-à-dire des points blancs parsemés dans l’image pour éclaircir la représentation, pour donner l’illusion d’un reflet de lumière. Vermeer est tout aussi reconnaissable dans son style par son approche de la vue de l’intérieur tenant compte de l’extérieur. Il met très souvent en scène des intérieurs éclairés d’une lumière qui provient d’une fenêtre, ouverture sur l’extérieur, mais cette fenêtre n’est que très rarement visible. L’Art de la peinture en est un excellent exemple : celui qui voudra aborder le tableau se retrouvera, en partant, derrière un rideau, plutôt sombre, qui établit déjà une distance entre la scène à découvrir et la surface même du tableau.

À lire : Histoires de peinture, Daniel ARASSE. Paris, éditions Denoël, 2004.

Oslo Operahus

SYMBOLIQUE DE LA LUMIÈRE

  • La lumière est l’ultime vibration, l’énergie la plus pure, haute et forte, la chaleur vitale.
  • Elle représente le recueillement, voire l’ascension. Après une période d’obscurité et de souffrances, elle survient inévitablement, pour soulager les blessures et revitaliser l’Être. En psychologie, la descente est accompagnée de ténèbres et d’un sentiment de crainte, alors que l’ascension est, elle, associée à la lumière, la chaleur et le réconfort.
  • En plus d’être l’opposée de l’osburité, elle est aussi son complément. C’est-à-dire qu’il n’y aurait pas d’équilibre sans dualité, où chaque contrepartie tempère l’autre, comme dans le principe oriental du Yin et du Yang. Ainsi, ce qui est inconnu, qualifié d’obscur, se retrouve aussi dans la lumière divine, puisque le Divin ne peut pas se concevoir par la raison humaine.
  • Il y a donc une symbolique plus poussée par rapport aux réflexions et réfractions lumineuses. La lumière provenant directement du soleil, astre suprême, qui apporte le Jour, et qui, à l’instar des dieux suprêmes de toutes les religions, poly ou monothéistes, gouverne, en quelque sorte, le monde, est celle divine. Celle absorbée directement, intuitivement. Un second éclairage, celui lunaire, est celui d’une réflexion, donc de la raison humaine. Une lumière moins directe, qu’on doit parfois chercher à partir de l’obscurité.

MORALE ASSOCIÉE À LA LUMIÈRE

Au-delà du symbolisme, plusieurs croyances et philosophies s’intéressent à la lumière comme étant forme suprême d’ascension, comme il est indéniable de comprendre que le Jour et l’éclairage amènent le Bien, donc le Bonheur. Ainsi, les plus rationnels se contentent de rester sages, avec comme principale rigueur la «lumière du savoir, des connaissances», tandis que les plus spirituels se rattachent à la «parcelle de divin», «lumière intérieure» qui est à l’origine de la vie.

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3 réponses à “La lumière

  1. Mébahiah 19 mai 2010 à 8:21

    J’adhère au parti des spirituels!!

  2. seranessa 19 mai 2010 à 5:57

    Je n’en aurais pas douté ! 😉 Merci de me lire!

  3. Pingback: Le bouleau « L'Épistolaire

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