L'Épistolaire

correspondances

Le changement

CHANGER ; Le Grand Robert en dit ceci :

Abandonner et remplacer par autre chose; faire subir une modification; rendre autre ou différent; modifier un élément de; recevoir, avoir un autre caractère; chatoyer, changer de forme; devenir autre; convertir, métamorphoser, muer, transfigurer, transformer, &c.

En somme, le concept de changement recoupe ce qui bouge, évolue, est instable. Cela passe inévitablement par une ouverture, puisque pour se déplacer, il ne faut pas être fixe et la fixité/rigidité est synonyme de fermeté, par extension fermé — qui, à l’origine, porte justement la signification d’ «attacher, fixer, &c.», du latin firmare, «rendre solide».  Ces derniers appartiennent d’ailleurs à la même racine étymologique que celle de forma, forme, qui représente le concept de «maintenir», autant que ferus, par exemple, qui signifie «soutenu» et ferme pour «à coup sûr», qui a fini par prendre le sens de «presque».

Le mot latin pour changer vient de moveo. Ce mot, riche en directions, est biensûr l’équivalent de mouvoir et d’émouvoir, mais est aussi à l’origine de motor, «qui berce» et qui finira par donner «moteur» (qui tient actif), mutuo, «réciproque» (mutuel), mutatio, «emprunt», momentum, «impulsion», «poids qui détermine l’impulsion», mobilito, «mobile»,  &c. et enfin muto, pour «muer», donc «changer».

Rose des vents de Jorge Aguiar, 1492

Cependant, le mot changer, tel qu’on le connaît actuellement, vient d’un latin tardif, cambio, très prossiblement influencé par la racine celtique CAMB-, qui signifie «courber». Le cambio latin, cela dit, signifiait troquer, donc «donner en échange».

Non seulement y a-t-il déplacement, mais encore trouvons-nous l’abandon dans le concept de changement. Effectivement, si déplacer signifie mener d’une origine à une destination, cela signifie qu’il y a abandon de l’origine au profit de la destination. D’ailleurs «donner en échange» implique l’aspect de céder, donc «lâcher prise», «abandonner». Cela dit, l’abandon, impliqué dans le concept de changement, n’est pas le simple fait de céder. Puisque l’on passe d’un état à un autre, il y aura toujours quelque chose pour remplacer. Donc, Si, par exemple, dans le cas extrême de l’abandon sans échange, l’on se retrouve avec «rien», ce «rien», ce «manque», ou l’ «absence» de qqch ou qqn, ce «rien» qui n’était pas se retrouve donc nouveau, par conséquent un acquis dans le sens d’expérience,  ce qui signifie que l’abandon est inévitablement lié au changement, que de partir d’un état pour se rendre à un autre n’est pas seulement le fait de laisser, mais aussi celui de recevoir. Ainsi, il devient clair que le changement soit aussi près de l’échange, qui doit se faire ultimement par une ouverture, ce qui communique entre deux éléments distincts.

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