L'Épistolaire

correspondances

L’abandon

Le mot abandon viendrait de Marie de France !

Marie de France, poétesse, extrait d'une enluminure

Ce mot aurait été créé en 1165, dit-on, à partir de la formation que voici : être à bandon. Le  mot bandon est une adaptation de la forme germanique band, qui vient directement du celtique bad, «lier». D’ailleurs, l’anglais et l’allemand, entre autres, en ont de belles preuves : band signifie tout autant «utilisé pour faire des bandages» que «bracelet», &c. De la même racine proviennent bind, «lier» et bond, «lien». * En sanskrit bandhah signifie «attachement» dans le sens de quelque chose de noué, solidifié, lié &c. Donc bandon avait fini par prendre le sens de juridiction. Compréhensible, puisque band signifie «lier», ainsi être lié pourrait être «sous l’autorité de», ainsi de suite. Cette espèce de tendance à la liaison pour la solidité, par extension rigidité, fixité, &c., rejoint curieusement un autre développement, celui de festus !

En somme, l’abandon rejoint lui aussi le concept de destin, aussi indirect le lien soit-il. Donc, l’abandon, création du Moyen Âge, faisait directement appel à la présence de «forces extérieures», si je puis dire, puisque être à bandon signifie justement être sous le pouvoir d’un autre, donc contrôlé.

***

D’où le glissement d’abandonner, de «laisser au pouvoir de» à tout simplement «laisser, quitter». Cela dit, il est intéressant de constater que l’abandon, dans sons sens d’origine, n’avait rien à voir avec la solitude ! L’abandon, aujourd’hui, est couramment utilisé  pour signifier «céder, laisser, laisser à soi-même, &c.». Cette dernière sémiotique est beaucoup plus réductrice parce qu’elle oublie que la solitude, qui est nouvelle, est une forme de circonstance, ce que «laisser au pouvoir de» sous-entend, c’est-à-dire, «laisser à une circonstance quelconque». Le mot circonstance dérive du latin, circum + stans, littéralement «se tenir debout autour». Ainsi, la force à laquelle l’abandonné est laissé est ce qui est autour, donc l’environnement, ce qui l’accueille, ce qui va à l’encontre de toute définition nihiliste que l’abandon subit actuellement. Même s’il sagit plutôt d’un lieu passif, il est déterminant pour la suite des choses. C’est comme «être laissé à son sort». D’ailleurs, n’est-ce pas le célèbre Claude Bernard, déterministe de renom, l’auteur de cette citation foudroyante : « La fixité du milieu intérieur est la condition d’une vie libre et indépendante. » ?

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