L'Épistolaire

correspondances

L’or

«Je suis la Lumière du monde», disait Jésus, selon la Bible. En se définissant ainsi, il s’imposait comme le nouvel Apollon, non seulement beauté divine, mais encore messager des cieux, ayant la faculté du message et le don de création.

Dans l’iconographie occidentale, les figures princières (Jésus, Marie, Joseph) de la religion chrétienne ont souvent été représentées comme encapsulées dans des mandorles, ou encore avec auréoles, toujours dorées.

Ces mandorles, nommées mandorles par rapport à leur forme d’amande, représentent par défaut la «sainteté» des personnages, leur «luminosité», et la chaleur qu’ils semblent dégager. Ainsi, il y aurait certes un rapprochement à y faire avec ce que l’on nomme l’aura, sorte de corps astral qui englobe tout être vivant.

*aura, du latin aura, pour «air, souffle».  Ce qui est intéressant est que de la même racine provient le mot aurora, «briller», d’où sa mutation vers le mot OR. Le jaune/doré représente donc l’harmonie suprême, la chaleur et le souffle de la vie.

La mandorle, sorte de losange aux formes arrondies, nous enseigne d’ailleurs sur la forte signification symbolique à laquelle elle renvoie et qui n’est pourtant pas souvent mentionnée.

Losange

Représentation du Christ en Gloire par Andreï Rublev

Ce fameux losange est traditionnellement de nature féminine et est un symbole à forte connotation érotique. En effet, Il représente le sexe féminin tout autant que le masculin. Parce qu’il représente tout particulièrement la vulve, il est directement lié au principe générateur de la vie. Donc, ouverture vers les mondes inconnus, liaison au Ventre du monde, portail initiatique, &c. *Pas sans lien avec l’œuf, figure de fécondité, de naissance et de passages, &c.

Il représente aussi, par ses deux pointes symétriques, l’union des forces mâle et femelle, par extension échanges entre Ciel et Terre (surtout lorsque vu verticalement), &c.

En Amérique centrale, il est aussi fortement lié à la figure du jaguar, dont le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dit

Divinité chthonienne, le jaguar est également le maître des montagnes, de l’écho, des animaux sauvages et des tambours d’appel. On l’appelle le cœur de la montagne.

Symétrique de l’aigle dans le symbolisme des forces terrestres et célestes, il donne son nom, chez les Aztèques, à l’un des deux ordres supérieurs de chevalerie, l’autre étant celui des aigles (SOUA).

*

AIGLE: Roi des oiseaux, incarnation, substitut ou messager de la plus haute divinité ouranienne et du feu céleste, le soleil, que lui seul ose fixer dans se brûler les yeux.

Or l’aigle est aussi l’une des appellations du rhombe, instrument aérophone que l’on fait tournoyer dans l’air pour qu’il produise un son rugissant, qui aura souvent été comparé à des cris divins ou des tonnerres, bref des appels de la nature.

Ce rhombe est aussi une sorte de flèche (puisque c’est formé d’une plaquette de forme de losange au boût d’une tige). La flèche, quant à elle, a pour  origine le mot francique fliukka, littéralement «celle qui vole». Apparenté au vieux norrois flaugun, de même que l’actuel allemand fliegen tous deux signifiant «voler». * À noter que l’allemand a dans son vocabulaire bogen et biegen, respectivement «arc» et «tourner», mots pris de la racine celtique BUG-, laquelle racine a contribué à la formation du mot anglais bow, «arc», entre autres.

En anglais, la flèche, dite arrow, provient directement du norrois ǫr, lequel mot est tout autant apparenté au mot arc, dont la racine se retrouve dans l’indo-européen arku pour «arc», ce qui est courbé (comme la forme de la mandorle).

En architecture, les arcs ogivaux, utilisés dans l’architectonique des cathédrales, entre autres, ont le même aboutissement que la mandorle, c’est-à-dire, un arc non pas en plein cintre, mais brisé au bout, comme l’extrémité d’une amande. Ces arcs sont d’ailleurs érigés de cette manière pour dégager une impression de grandeur, de lien vers le ciel.

*Ce n’est d’ailleurs pas seulement dans la culture occidentale que nous voyons la représentation de «sainteté» ou de «luminosité» de ce qu’un personnage dégage.

Thangka

Guhyasamaja Akshobhyavajra sur un thangka (peinture sur toile) tibétain du XVIIe siècle

Publicités

3 réponses à “L’or

  1. Mébahiah 14 juin 2010 à 3:22

    J’en étais sûre ( rires)
    Merci c’est super.

  2. seranessa 14 juin 2010 à 8:40

    De rien ! c’est facile de répondre à une commande quand le sujet suscite la curiosité…

  3. Déréglé temporel 15 juin 2010 à 3:18

    La parole est d’argent, le silence est d’or. Or, l’écriture est une parole silencieuse. Aussi bien parler d’électrum.
    J’aime bien cette conjonction, « or », qui ne me semble pas avoir d’équivalent « hors » du français. Or, elle éclaire la suite de la phrase, soit pour exprimer une contradictoire, soit pour un renforcement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :