L'Épistolaire

correspondances

L’Ombre

L’ombre est ce qui résulte d’une interception dans le voyage de la lumière d’un point à un autre. Elle est, en ce sens, omniprésente, puisque la matière est omniprésente, comme la lumière elle-même. Or, elle est aussi inévitablement liée au concept de lumière par le fait qu’elle est ni plus ni moins qu’une absence de lumière. C’est-à-dire qu’elle n’existerait pas si la lumière n’existait pas. L’ombre est un concept qui a été défini par l’humain parce qu’il y voyait un contraire: s’il n’y a pas lumière, il y a inévitablement obscurité.

***

L’ombre, en ce sens, peut être traître, malicieuse, fugitive. Comme l’ombre associée aux rêves, fugaces et irréels. Ou encore aux jeux d’ombres, où l’on exagère des formes pour les rendre monstrueuses, imposantes, effrayantes. C’est le cas de la Caverne de Platon. En fait, les séquestrés, s’ils en sortent, se voient éblouis d’une lumière — ils ne sont plus dans l’ombre. Mais le tortionnaire, pourtant, se sert du feu pour générer l’ombre qui les garde dans la peur…

Le cinéma classique noir & blanc, s'appuyant entièrement sur le principe de l'ombre et la lumière

Le Dictionnaire des symboles, de Jean Chevalier & Alain Gheerbrant en mentionne un aspect intéressant :

Chez les Indiens du Nord Canadien, à la mort, l’ombre et l’âme, distinctes l’une de l’autre, se séparent toutes deux du cadvre. Tandis que l’âme gagne le royaume du Loup, à l’ouest, l’ombre demeure à proximité de la tombe. C’est elle qui maintient la relation avec les vivants, et c’est donc à elle que sont destinées les offrandes déposées sur les tombes. L’âme peut revenir et, s’unissant à l’ombre, constituer un nouvel être; les gens ainsi nés une seconde fois rêvent parfois de leur vie antérieure.

Dans un grand nombre de langues d’Amérique du Sud, le même mot signifie ombre, âme, image (METB).

***

L’ombre est donc, malgré tout, une apparition, la définition même de ce qui est possible par la lumière. * En suédois, skygg signifie «ombre» et dérive du mot sky, «nuage». L’allemand a un mot plutôt similaire, Schatte, qui dérive du gotique skadus; schade est un adverbe signifiant «dommage». En anglais, shade signifie «lieu ombragé» ou «teinte»; shadow provient du vieil anglais sceadwian, qui signifie «protéger avec des ailes recouvrant».

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7 réponses à “L’Ombre

  1. Déréglé temporel 6 juillet 2010 à 2:12

    Et en Espagne, on la recherche constamment, ou on la porte sur soit, avec son sombrero. Au point où la grande noblesse fut en son temps très jalouse d’un privilège qui peut paraître bénin à ceux qui ne connaisse pas ce climat: le droit de garder son chapeau en présence du souverain.

  2. Déréglé temporel 9 juillet 2010 à 12:00

    Tu as lu des 9 princes d’Ambres? dans cette fiction de Zelazny, un monde appelé Ambre est la réalité. Mais elle projette des Ombres: des univers parallèles qui sont des reflets d’Ambre. Reflets de plus en plus déformés et fugace au fur et à mesure qu’on s’éloigne d’Ambre.

  3. seranessa 9 juillet 2010 à 3:17

    1. Oui c’est vrai! J’ai pensé à ça juste après l’avoir écrit, la recherche de l’ombre, quel été nous avons!

    2. Non ! Mais ça me fait étrangement beaucoup beaucoup penser aux Fictions de Borges, tu connais? Les réalités infinies…

  4. Déréglé temporel 10 juillet 2010 à 12:27

    J’ai bien lu le recueil de Fiction de Borges, mais je ne suis pas sûr de voir à laquelle de ses nouvelles tu te réfères…

  5. seranessa 10 juillet 2010 à 1:39

    Euh… ça fait longtemps… Tlön Uqbar Orbis Tertius peut en être un exemple. C’est peut-être pas le meilleur. Sinon, il ya la Loterie, mais je suis pas sûre du titre.

  6. Déréglé temporel 10 juillet 2010 à 10:27

    Tlön… la création d’un univers imaginaire qui prend vie. Peut-être, oui.
    La Loterie de Babylone. Le procédé consiste effectivement à élaborer un concept toujours plus loin. Ici, c’est pour illustrer l’idée du destin, avec ses multiples failles: les superstitions, les spéculations… à la fin, on se demande même si la loterie existe! Je n’y verrais pas de parallèles avec les Princes d’Ambre, en revanche. Mais j’ai adoré cette nouvelle!

  7. seranessa 10 juillet 2010 à 5:33

    Eh bien moi, le lien que je faisais, c’était le fait que la «réalité» n’existe pour que celui qui la conçoit… d’où l’ombre, une chimère, une vision fugitive…

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