L'Épistolaire

correspondances

Archives Mensuelles: février 2011

Le bouleau

[beith betula bétula betulla birch Birke birki birk bjirk berk bjørk björk breza beržas abedul koivu]

Arbre occidental s’il en est, le bouleau est presque universellement défini comme celte. À part quelques exceptions comme les langues de type altaïques (comme le koivu finnois), son nom est essentiellement tiré de l’indéfectible Ogham celte.

C’est la première lettre — ᚁ — et il représente le cycle de la vie (la naissance autant que la mort, mais surtout, le renouvellement perpétuel). Un nouveau départ, une purification, reconnaissable aussi par sa couleur blanche. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les pécheurs se fouettaient à l’aide de branches de bouleau (« to birch oneself »). Est associé à la Samhain, et débute l’année celtique (novembre). Beith, murmuré, est comme un souffle de vie.

Wikipédia (en anglais seulement) en dit ceci:

The Auraicept na n-Éces contains the tale of the mythological origins of Beith[1]

This moreover is the first thing that was written by Ogham, [illustration of seven b’s, in Ogham script] i.e. (the birch) b was written, and to convey a warning to Lug son of Ethliu it was written respecting his wife lest she should be carried away from him into faeryland, to wit, seven b’s in one switch of birch: Thy wife will be seven times carried away from thee into faeryland or into another country, unless birch guard her.On that account, moreover, b, birch, takes precedence, for it is in birch that Ogham was first written.

In the medieval kennings, the verses associated with Beith are:

Féocos foltchaín: « Withered foot with fine hair » (Word Ogham of Morann mic Moín)
Glaisem cnis: « Greyest of skin » (Word Ogham of Mac ind Óc)
Maise malach: « Beauty of the eyebrow » (Word Ogham of Culainn)[2]

Beith aura donné en latin betula, ce qui versera en portugais et italien bétula et betulla, et même abedul en espagnol (qui aura un peu plus glissé), puis bouleau en français.

Beith est aussi à l’origine du birch anglais et de plusieurs autres dérivés, comme Birke en allemand, birki, birk, bjørk & björk en islandais, danois, norvégien et suédois (maintenant, vous connaissez l’origine des noms du grand hockeyeur et de la grande chanteuse pop expérimental!), berk & bjirk en flamand et frisien et même beržas et breza en lituanien et slovène!

La croisée des chemins

(À la demande de Déréglé temporel)

La croisée des chemins est un sujet très particulier à aborder dans l’étymologie. D’abord parce que ce n’est pas un mot à proprement parler et ensuite parce que c’est un concept plus ou moins vague, mais auquel on réfère très aisément. Il y a donc, évidemment, deux mots à y observer: CROIX et CHEMIN.

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Pour ce qui est de croix, le plus loin que j’arrive à remonter dans mes sources est ceci: gibet fait de deux poteaux perpendiculaires (CNRTL). Évidemment, cela va un peu de soi. Pourtant, c’est tout ce qu’on retrouve à ce sujet, à part que c’était utilisé comme instrument de torture et que le latin crucio (et ses dérivés) signifie «torturer». Et donc, tout ce qui a trait à «mettre à la croix» ou «traîner sa croix comme une charge» est sémantiquement très sombrement chargé.

Il n’y a pas de différence notable avec le mot anglais cross, (même l’ancien irlandais donne cros) qui provient visiblement du même crux latin, comme le scandinave kryss, l’allemand Kreuz ou l’italien croce et les autres espagnols et portugais cruz. Cependant, l’anglais cross aura remplacé l’ancien mot, disons plus générique, de rood, qui signifiait simplement un «poteau», très certainement lié à l’anglais rod.

Plus ou moins tout ce qui signifie «former une image en croix», donc, représente le verbe croiser (donc son dérivé croisée). Même principe pour l’anglais across, qui est simplement la réalisation d’une ligne parcourue théoriquement perpendiculairement.

Stockholm

Du côté du chemin, par contre, l’étymologie est beaucoup plus complexe et intéressante. chemin est un mot qui prend originellement ses racines dans le celte CAMB-, qui signifie «courber, déplacer, marcher», ce qui aura donné camino en latin, puis en italien. (À noter que cambio signifie «changer») De ce mot, chemin est né vers 1100, en tant que «voie reliant deux endroits».

Les langues germaniques, elles, sont allées jusqu’à puiser dans le sanskrit. vahati signifie «transporter»; vahitram, vaisseau (notez le rapprochement graduel!). C’est surtout le premier, qui, avec le temps, donnera weigh (peser) en anglais, qui finira par glisser jusqu’à way, «chemin». Même chose avec l’allemand Weg (le flamand weg) et le scandinave vegg ou vägg (de l’islandais veggr).

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Donc, la croisée des chemins signifie, historiquement, le «mouvement selon une torture» ! Quelle belle perspective…